Ils sont de jeunes burkinabè. Ils sont mignons. Ils ont tout pour plaire à une femme. Et ils ne s’en privent pas ! Ils en ont même fait un business ! Ils ont décidé de se «vendre» entendez par là, avoir des rapports sexuels tarifés. Eux, ce sont les travailleurs du sexe ou plus précisément «livreurs de sexe à domicile» qui sont de plus en plus nombreux à Ouagadougou à proposer leurs services aux femmes et parfois aux hommes. Plongée dans l’univers de ces «gigolos» de luxe.

« Charming star » (ou star du charme, pseudonyme utilisé pour les RDV avec les clientes), 26 ans, 1m75 environ, et légèrement clair de teint, est étudiant à l’Université de Ouagadougou. Hors du temple du savoir, Charming star est un «gigolo de luxe», c’est-à-dire qu’il consent des rapports sexuels tarifés avec des femmes. Pour le rencontrer, nous sommes obligées de nous faire passer pour une cliente via une «agence de placement». Nous composons le numéro portable de l’agence que nous avons pu obtenir.

– «Allo ! Bonsoir !»
– «Oui, bonsoir ! » nous répond une voix masculine à peine audible.
– «Je souhaite être livrée !» enchainons-nous comme indiqué par notre source.
– «Ok !» rétorque la voix passant le combiné à une personne.
– «Envoyez-nous vos critères !» nous indique cette nouvelle voix masculine avant de raccrocher.
«Grand, mince, clair», sont les critères que nous envoyons par whatsapp au numéro de l’agence

Puis plus rien. Il faut attendre le lendemain pour que notre numéro (d’emprunt pour les besoins du reportage) soit ajouté avec transfert de notre message sur les critères à un groupe Whatsapp nommé «……..» illustré par l’image d’une femme mature noire en sous-vêtement.

– «Age ?» répond un numéro de l’étranger dans le groupe Whatsapp.
– «Entre 18 et 26 ans» précisons-nous.
– «On vous donnera suite dans quelques instants» conclut le numéro étranger.

A peine 10 mn, et Charming Star nous répond dans le groupe Whatsapp pour demander le jour, le lieu et l’heure du rendez-vous.

– «Samedi, 20h30, Wayalghin», proposons-nous.
– «Ils sont un peu trop occupés ces deux jours» conclut le numéro étranger demandant plus de détails.
Comme pour lui donner raison, d’autres rendez-vous entre d’autres clientes et d’autres livreurs de sexe se poursuivent dans le groupe.

Samedi, 19h45, l’agence nous joint pour nous informer que Charming Star est au lieu de rendez-vous.

Acceptant à défaut de nous livrer du sexe, de nous livrer des détails sur son activité extrascolaire, ce dernier avoue être tombé dans notre piège car il existe plusieurs «agences de placement».

De façon générale, les clientes appellent une agence, décrivent leurs envies et l’agence leur envoie celui qui est susceptible de correspondre au mieux à leur description.

Combien pour une nuit de partie de jambes en l’air avec une cliente ? Entre 100 000 FCFA et 250 000 FCFA. Au cas où la cliente souhaite avoir sa récréation personnelle pour le week-end à Ouaga ou hors de la ville, la réservation se fait trois jours à l’avance et logiquement le prix grimpe et « peut monter à 300 mille ».

La règle d’or : éviter les hôtels, les chambres de passe et les auberges. « Nous travaillons toujours au domicile des clientes si elles n’ont pas de mari, ou bien dans un autre coin que nous-mêmes nous louons pour le travail » explique Charming Star.

100 000 CFA la nuit

Comment est-il arrivé dans ce cercle du donner et du recevoir sexuel ? << Au départ c’était juste pour avoir de l’argent en urgence pour gérer les examens et les ordonnances de ma mère. J’ai contacté un ami pour qu’il me prête 100.000f mais ce dernier au lieu de m’en donner m’a mis dans le circuit et en une nuit je me suis fait 250.000f. C’est à partir de là que j’ai réalisé que c’était rentable et depuis lors j’y suis à plein temps. Je me plais dans ce que je fais, ce n’est pas dérangeant, du moment où je tire mon plaisir et que je prends mes sous >>.

Mais que gagnent les «agences de placement» ? « Un pourcentage de 5-10% ». Et cela de deux façons. Soit la cliente fait un dépôt d’argent sur le compte du « gérant » et celui-ci prélève son dû, soit, à la fin du service, le « livreur » après son travail prélève le sien et remet la part du boss de l’agence «maquerelle». Et bien sûr, le tarif est communiqué au départ entre les trois parties pour éviter les entourloupes.

Si toutefois lors du rendez-vous le « livreur ne satisfait pas les goûts de la cliente, elle paie quand même 30 000 francs pour le déplacement avant de recontacter l’agence. >> Un peu comme fonctionnent les démarcheurs quand vous êtes à la recherche d’une maison.

Nous décidons de recontacter l’agence pour lui signifier notre insatisfaction, comme conseillé par Charming star « pour ne pas que l’agence croit que nous avons fait un deal avec la cliente ».

Menu : Entrée, résistance, dessert

« Bazouzou mielleux», est un autre livreur de sexe. Sauf que lui, a développé son propre business à travers une page Facebook. Avec des tarifs allant de 60 à 75 milles francs CFA la nuit, « Bazouzou mielleux » affirme avoir pu changer le train de vie de ses proches qui le prennent pour un jeune homme d’affaires. « Grâce à ce job j’ai pu inscrire ma petite sœur dans un grand institut privé de la place, lui acheter un scooter et arranger la cour de mes parents » se vante le jeune homme qui refuse de donner son âge.

Le point commun avec «Charming star », est que lui aussi a croqué la pomme par le biais d’une connaissance. << Un ami travaillant avec une de ces agences m’a raconté un peu ce qu’il faisait. Et j’ai eu la brillante idée de développer mon propre business vu les montants qu’il percevait. Alors j’ai créé une page Facebook avec tout ce qu’il faut pour attirer. Et les boules de neiges (clientes) comme j’aime bien les appeler ont commencé à me contacter » explique-t-il.

Son affaire en ligne est pour le moins bien organisée : « Mon mode opératoire est très simple : on prend le temps de discuter sur les réseaux sociaux, ensuite je fixe un rendez-vous au cours duquel tous les détails sont réglés, comme déterminer le lieu, l’heure et discuter en même temps le prix.»

«Je ne regrette pas le moins du monde, ce job c’est toute ma vie », parole de Bazouzou qui dit proposer le menu : entrée, plat de résistance, dessert…. C’est le même menu que propose, le « 10 », un autre jeune homme, affilié à une autre agence que nous avons contactée.

Cette fois-ci nous nous faisons passer pour un couple qui voudrait essayer un «plan à trois». Rendez-vous pris dans un bar restaurant du quartier 1200 logements, le « 10 » déroule son menu sexe. << Mon menu est complet comme tout autre menu avec une entrée, une résistance et un dessert. Mon entrée est composée d’un cunnilingus avec plusieurs parfums (au chocolat noir, au miel ou au lait). Je fais aussi dans mon entrée un doigté. Dans la résistance, vous avez deux principaux plats qui sont soit une pénétration vaginale avec ou sans préservatif soit une pénétration anal. Pour le dessert, généralement, je laisse ma cliente choisir. Certaines décident de me faire une fellation, d’autres de reconduire l’entrée chaude. »

Une nuit de sexe peut durer en moyenne six heures. Et pour tenir aussi longtemps, les gigolos de luxe font recours aux aphrodisiaques. «Docteur gros caleçon » comme il se surnomme lui-même est l’un de leurs fournisseurs.

Joint grâce à son numéro de téléphone affiché sur plusieurs feux tricolores de la capitale, il confirme vendre des cocktails à ces gigolo de luxe. Les prix de ses mixtures dopantes dont les flacons ne portent pour seules inscriptions que des symboles de taille : L, XL, XXL…. varient entre 2500 et 15000 FCFA.

«Les clientes sont les reines»

Qui sont donc les femmes qui font recours aux services de ces «gigolos de luxe» ? Pas de portrait-robot fixe tellement les clientes sont variées selon les livreurs de sexe, qui affirment tous que ce sont elles «les reines» au service desquelles ils se mettent. Nous décidons de rencontrer trois profils : une veuve, une femme mariée et une étudiante. Et grâce à Raïm, un ancien « livreur » reconverti, nous entrons en contact avec une de ses anciennes clientes fidèles.

Dolvina (nom d’emprunt), la quarantaine, mariée, sans enfant, est cadre dans une entreprise bancaire. «Avec eux, je me sens femme, parce que mon mari n’arrive pas à me satisfaire au lit. Et comme il voyage beaucoup, je profite souvent de ses absences pour me payer leur services >> dit-elle pour se justifier.

Emelyne, jeune étudiante d’une vingtaine d’années fait fréquemment appel à leur service. « Je préfère les contacter car avec eux plus besoin de s’encombrer avec les relations dans lesquelles pour avoir du sexe avec ton partenaire est un parcours du combattant. Avec eux c’est ni vu ni connu, chacun se gère et après on gagne temps sans trop de pression» explique la jeune fille qui ajoute qu’elle utilise son argent de poche pour assouvir sa soif de sexe.

Veuve depuis une dizaine d’années, Pelagie (nom d’emprunt) confie elle aussi recourir aux services des «gigolos de luxe» : «Étant veuve, la société voit d’un mauvais œil si on se remarie donc pour éviter les stéréotypes, je les appelle. C’est une manière pour moi de me ressentir femme de nouveau».

Cependant, certaines clientes sont «compliquées à gérer» à en croire les gigolos. Certaines demandent des pratiques sadomasochistes : «Il y en a qui demandent à te fouetter et une fois l’une d’elle a voulu même introduire une bouteille de coca dans mon anus»; «d’autres coupent dans ton argent quand tu dis que tu es fatigué alors qu’elles en redemandent».

Quand ils ne se rendent pas chez la cliente, les livreurs donnent rendez-vous dans des villas qu’ils louent. Nous en visitons une dans le quartier 1200 logements. Il faut payer un supplément de 10 000 à 15 000 FCFA pour y avoir accès. C’est une mini-villa réhabilitée et meublée qui ressemble en rien à un lupanar. Le salon a tout d’un cadre de vie familial (télévision, table basse, fauteuils, table et chaises à manger, et même un frigo). Sauf que tous les meubles sont recouverts de plastiques.

Une chambre sert pour l’accueil des clientes. Elle sent fort le déodorant à base d’un assortiment de fleurs. Les murs peints en bleu et un lit bien fait avec des draps propres de couleur rouge. La douche interne est propre avec serviettes blanches propres et savon non utilisé.

Il existe également des hommes qui sollicitent les services des livreurs de sexe à domicile dont on retrouve certains à Bobo Dioulasso et à Kaya selon nos informations. Cependant, nos interlocuteurs n’ont pas souhaité s’étendre sur ces rapports tarifés avec des hommes, se contentant de reconnaître que les hommes sont taxés plus chers car ils sont en général très aisés. La nuit commence à partir de 150 000 FCFA pour eux.

«Ceux qui sont dedans commencent à être bisexuels à 80%»

Qui dit travail de sexe, dit suivi médical. Pour savoir ce qu’il en est par rapport à cette catégorie de travailleurs de sexe (TS), une association œuvrant dans la prise en charge des personnes atteinte du VIH-Sida nous a partiellement ouvert ses portes.

Interrogé sur la question de la prostitution des hommes, l’un des médecins traitant de l’association qui a requis l’anonymat, déclare avoir connaissance de la pratique. Sauf que «le gars préfère parler de sa bisexualité que de son travail de sexe devant le médecin parce qu’il pense qu’il sera jugé. C’est le cas dans 80% des cas que nous rencontrons. C’était la même chose au début pour l’homosexualité. C’est un phénomène qui existe mais qui est clandestin». De ce fait, « dresser un bilan estimatif du nombre de TS masculins reste impossible», selon lui.

Il assure néanmoins que la prise en charge de ces hommes ne diffère pas de celle de « leurs confrères femmes », même si les risques qu’ils encourent sont plus élevés que pour ces dernières.

Et cela est dû en grande partie selon le médecin au fait que c’est la cliente qui décide de tout : «Avec les TS hommes c’est la femme qui décide de si oui ou non vous allez vous protéger. Et chaque fois il se dit qu’il le fait une fois en passant, sauf qu’à la longue il le fait plus souvent et s’expose de plus en plus aux maladies. Le risque est aussi grand parce qu’ils font beaucoup de pénétrations anales. Les plus gros soucis est que ceux qui sont dedans commencent à être bisexuels à 80% car le gars te dit qu’il couche avec les femmes, mais qu’en même temps, il y a un monsieur à qui il tape une pipe pour 50 mille FCFA par exemple ».

Le piège du métier est d’y prendre trop goût à en croire Raïm qui lui a pu s’en sortir. Ce dernier reconnait les risques auxquels il s’est exposé pendant 6 ans avant de prendre sa retraite. Résident aujourd’hui à l’étranger, vivant une nouvelle vie, Raïm explique que le piège avec ce métier c’est que « tu risques de perdre tout état d’âme parce que tu fais avec tout le monde : mariée, célibataire, vieilles, jeunes, etc. Certains au début ont dû prendre de la drogue pour essayer d’oublier, mais à un moment sont restés dedans ».

Loin de condamner ceux qui le font, Raïm pense tout de même qu’ « il faut savoir quand s’arrêter, parce que ce n’est pas un métier que l’on peut faire toute sa vie ». Pour la petite histoire, Raïm vit avec une de ses anciennes clientes à l’étranger.

Sandrine BADO

Infowakat.net

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous devez remplir ce champ
Vous devez remplir ce champ

Menu