JOURNÉE INTERNATIONALE DE LA FEMME

<Ambroise AWUTSI, Économiste/Planificateur, Consultant Indépendant en développement local s’exprime>

Au regard du contexte de développement de nos pays, il importe que la journée du 8 mars soit, au-delà de son aspect festif (où le Djondjoba a tendance à prendre le dessus sur les activités de cette journée), consacrée à la prise des décisions collectives fortes visant l’amélioration des conditions de vie et l’évolution des droits des femmes.

En effet, selon le PNUD, l’Afrique de l’Ouest est la région au monde où les inégalités hommes femmes sont les plus fortes[1]. Par exemple :

  • Les femmes agricultrices travaillent en moyenne 12 heures de plus par semaine que les hommes agriculteurs;
  • .Les femmes tirent en moyenne trois quarts de leurs revenus des activités agricoles
  • Les femmes agricultrices contribuent à la production des 80 % des denrées alimentaires de base;
  • Les femmes agricultrices gagnent moins d’argent que les hommes agriculteurs;
  • Les rapports sur l’agriculture ne prennent pas suffisamment en compte le rôle des femmes;
  • Les femmes agricultrices ne représentent que 8 % des propriétaires fonciers et accèdent à seulement 10 % du crédit disponible en Afrique de l’Ouest;
  • Les femmes agricultrices sont plus vulnérables face aux crises alimentaires et financières;
  • Les femmes agricultrices sont les plus vulnérables aux chocs dus aux catastrophes et aux changements climatiques;
  • Les femmes agricultrices sont les plus vulnérables et sont désavantagées par leur faible niveau d’éducation ou d’alphabétisation;
  • Les femmes agricultrices occupent moins d’un quart des postes de responsabilité dans les organisations paysannes.
    Malgré ces inégalités, la contribution des femmes la promotion de la sécurité, de la paix et de la cohésion sociale n’est plus à démontrer. Elles incarnent la transmission des valeurs sociales à la descendance c’est-à-dire aux enfants au sein du cercle familial. Aussi, sont-elles de véritables passerelles entre les familles et par extension, des communautés. De ce fait, elles sont les vecteurs de sécurité, de paix et de cohésion sociale.
    Pour cela, la communauté est appelée à œuvrer au renforcement des compétences publiques des citoyens dont les femmes pourront s’en servir plus tard dans la réduction des risques de radicalisation de leurs enfants dans le cercle familial au cas échéant. En effet, les compétences publiques évoquées dans cet article, renvoient à la délivrance et à l’usage d’un service public (école, pompe à motricité humaine, centre de santé, etc). Etant donné que chaque service public véhicule un référentiel composé de valeurs et de normes incarnées dans des objets, des procédures, une temporalité et des dispositifs propres. La maîtrise de ces référentiels par le développement de compétences spécifiques doit permettre aux agents de délivrer correctement les services publics, et aux bénéficiaires de se saisir convenablement de l’offre proposée afin d’exercer les droits sociaux auxquels ils ont accès.
    Toutefois, elles ne peuvent jouer pleinement ce rôle protecteur qu’à condition que la société lève les barrières qu’elle a, elle-même,  dresser contre celles-ci inutilement. Or étant donné que la femme est la plus touchée lorsque la sécurité, la paix et la cohésion sociale sont menacées, c’est avec engagement et détermination qu’elle s’est de tout temps impliquée dans leur protection.
    Au titre de ces conditions, il va falloir  répondre à court terme aux besoins pratiques de mères, sœurs, femmes et filles. Les besoins pratiques de ces dernières renvoient à leur accès aux ressources productives (la terre, intrants, etc) et aux services de base (éducation, santé, eau potable, etc). A long terme,  elles doivent viser à répondre aux besoins stratégiques des femmes, ce qui  permettra à ces femmes de contrôler elles-mêmes les ressources auxquelles elles ont accès tout en veillant à l’évolution de leurs droits.
    Pour cela, il importe que les hommes et les femmes travaillent ensemble pour faire jouer aux femmes,  les premiers rôles dans la conduite des réflexions concourant à améliorer leurs conditions de vie mais aussi et surtout,  à la prise de décisions visant la progression de leurs droits. Ce travail collectif est appelé à procéder à l’autonomisation des femmes (compétences économiques) mais, à permettre la construction des compétences politiques[1] et publiques[2] de tous les acteurs sur l’égalité des genres et les avantages de cette dernière dans la lutte contre la pauvreté.
    En effet, les compétences politiques évoquées ici, renvoient à la capacité des acteurs à penser politiquement leur environnement et leur situation personnelle. C’est l’acquisition de ces compétences politiques qui permet à ces acteurs d’exprimer leurs points de vue dans le débat public en prenant en compte l’avis des autres, et à dépersonnaliser les difficultés et contraintes rencontrées.
    Afin de permettre à la femme une meilleure contribution au règlement des questions abordées ici,  il importe qu’une approche prospective soit adoptée dans le traitement des problématiques qu’elles posent. Cette approche est la plus adaptée au contexte de développement de nos pays du fait que les acteurs évoluant généralement dans des registres aux référentiels décalés, ils n’agissent que quand il est urgent. De ce fait, ils ne prennent guère le temps pour faire les choses au moment opportun. Pour cette raison, l’approche prospective proposée leur permettra d’appréhendé la sécurité, la paix et la cohésion sociale comme des construits.  Se fondant sur cette base, ces acteurs sont appelés à voir loin, à voir large, à analyser en profondeur, à prendre des risques et à penser à l’homme dans l’élaboration des politiques publiques à la construction de la sécurité, de la paix et de la cohésion sociale. Les politiques publiques bâties sous le sceau de la prospective rendent ces dernières proactives pour permettre de provoquer les changements souhaités. L’adoption de cette approche prospective tout en limitant le risque de passivité et de réactivité des politiques publiques, limite l’urgence étant donné que, « Quand il est urgent, c’est déjà trop tard » comme le disait Talleyrand.

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