Le viol des mineurs, et si on en parlait ?

Le viol des mineurs, et si on en parlait ?

Il ne passe pas un jour où l’on n’apprend pas un cas de violence sexuelle exercée sur un enfant à travers les réseaux sociaux. On se souvient d’un nourrisson qui en a été victime en Côte d’Ivoire, ce qui a suscité beaucoup de commentaires ici au Burkina Faso. Vu l’ampleur et l’acuité du phénomène, nous avons choisi de lever le voile sur les conséquences d’ordre psychologique de cette pratique sur les mineurs.
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À cet effet, nous avons approché Adama KONOMBO, psychologue clinicien.

La question des violences faites aux enfants se pose de plus en plus avec acuité au Burkina Faso.

Elle tend à prendre, semble-t–il, des formes pernicieuses, voire perverses. C’est un phénomène social qui est mouvant et qui fait toujours l’objet d’une omerta. On a l’impression que la question de la violence sexuelle faite aux enfants est tabou. On n’en parle pas !

Les types de violence sexuelle

La violence sexuelle a deux composantes : il y a l’exploitation sexuelle à des fins commerciales et l’exploitation sexuelle à des fins non commerciales.

La différence est l’existence de la transaction financière.

L’exploitation sexuelle à des fins commerciales regroupe la prostitution, la pédopornographie, le trafic à des fins d’exploitation sexuelle.

L’exploitation sexuelle à des fins non commerciales, c’est le viol, la tentative de viol, l’attentat à la pudeur (exhibitionnisme, voyeurisme, attouchements..)

Un fait qui n’est pas loin de nous

Déjà au Burkina Faso, en 2001, une étude prospective a été diligentée par le ministère de l’Action sociale en partenariat avec l’UNICEF, pour documenter la question.

C’était dans la perspective de disposer d’un référentiel pour permettre au pays de rendre compte de la situation de l’exploitation sexuelle des enfants à la conférence mondiale de Yokohama au Japon. Les données de cette étude prospective étaient déjà très parlantes en 2001. Les zones couvertes étaient Bobo-Dioulasso, Ouagadougou, le Nord, et le Centre-sud.

Des conclusions de cette étude, c’est la ville de Bobo qui occupait le premier rang en terme de données statistiques. Dans les analyses, il se trouve que Bobo-Dioulasso est une ville multiculturelle, commerciale, où le trafic routier très intense s’articule au mouvement de populations. On s’est rendu compte que les causes étaient plurielles. Ces causes se résumaient entre autres : à l’immaturité de l’enfant ; à sa dépendance envers l’adulte ; à la défaillance des cadres d’éducation, de protection et du système d’encadrement familial ; aux influences extérieures (les nouvelles technologies de l’information et de la communication) ;la faible application de la législation en matière de répression des violences sexuelles faites aux enfants ;les pratiques traditionnelles néfastes (mariages précoces et forcés).

La perception de l’enfant violé(e)

La question de la sexualité dans nos sociétés est taboue. Quand un enfant est violé, c’est difficile de le croire. Comment peut-on confronter la parole d’un(e) mineur(e) à celle d’un adulte ? Cela met en écho les représentations et ,les perceptions inconscientes ou subjective qu’on peut avoir de l’enfant dans nos sociétés.

Le sujet a toujours été sensible parce qu’il touche aux enfants et à la sexualité. Dans notre contexte sociologique et culturel, aborder la sexualité liée à l’enfant fait l’objet d’un refoulement collectif, de colère, de désarroi, donc on n’en parle pas. Dans notre schéma de pensée collective, on pense que l’enfant n’a pas cette maturité d’assumer une responsabilité au sens vrai du terme. Germaine Diertheleim, pour la paraphraser dans « L’approche anthropologique de la culture dogon », dit que « la parole qui émane de l’enfant est vide de sens, une parole qui ne renferme pas de graine. C’est la parole de l’adulte qui est pleine, qui est mûre, qui est porteuse de sens. »

Lorsqu’on aborde la question du viol des mineurs dans notre société, des pensées autorisent à dire et à croire qu’un enfant qui a été violé est un enfant souillé, dénaturé, dépersonnalisé, donc il ne peut avoir de compagnon ou de compagne de vie. Ce sont des situations (viols de mineurs et de femmes) qui se produisent en situation de conflits armés.

Les chocs après le viol

Les violences sexuelles faites aux enfants sont dévastatrices, ravageuses, surtout lorsque l’enfant ne bénéficie pas d’un soutien adéquat dans les tout premiers moments ; s’il ne bénéficie pas de soins appropriés de la part des acteurs de la protection de l’enfance qui interviennent dans la chaîne de prise en charge à l’échelle médicale, psychologique, sociale, sécuritaire. 

Il faudrait des actions holistiques, combinées, intégrées dans un premier temps. Il faudrait que l’enfant se repose sur un environnement qui est très conciliant, très compréhensif, qui lui apporte un soutien émotionnel, pour qu’il puisse se rassurer, afin de pouvoir finalement s’ouvrir et déposer des mots, des images sur ses ressentis, sur ce qu’il a vécu. Une situation de viol, de violence, lorsque l’enfant y est exposé, il n’a pas tous les mécanismes psychologiques pour pouvoir s’adapter adéquatement; l’enfant victime de violences sexuelle n’a pas cette force psychique pour pouvoir intégrer la charge émotionnelle qui s’exprime en terme de peur, de crainte, de sentiment de mort, de culpabilité, de haine, de dégoût , d’incompréhension, de culpabilité etc…

Mentalement et émotionnellement, il n’a pas encore cette maturité qui lui permet de gérer adéquatement les affects (sentiments) rattachés aux scènes de violences sexuelles qu’il a subies. C’est cette situation qui engendre le traumatisme psychique et émotionnel.

Traumatisme psychologique ou psycho traumatisme

Le plus souvent, c’est dans l’environnement scolaire qu’on peut facilement identifier un enfant qui a été confronté à la violence sexuelle. L’école est un écran profectif ou l’enfant va révéler à travers des symptômes son mal-être. Enfant, qui travaillait bien à l’école, n’a plus de bons résultats scolaires parce qu’il a des difficultés de concentration pour pouvoir assimiler, mémoriser et restituer ce qu’il a appris.

Un enfant, qui n’urinait plus, va commencer à pisser (énurésie). Ce sont des conduites régressives qui sont révélatrices d’une situation de morbidité ou de mal-être psychique. Cette régression permet de revendiquer l’affection, l’attention, voire la compréhension de son entourage

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